L’histoire du Jardin botanique tropical de Miami est digne d’un best-seller. Elle débute par la découverte de trois acres de végétation sauvage nichés au cœur du quartier Little Haïti. Souillé et oublié de tous, ce lopin de terre allait pourtant changer de destin le jour où un écologiste hors norme, Casey Zap, emménagea dans la maison voisine.
Ce dernier était loin d’imaginer qu’il s’engageait alors dans la plus grande course contre la montre de sa vie pour réunir quatre millions de dollars en quelques mois afin de préserver cette richesse végétale.
La découverte
Tout commence en 2020, lorsque Casey Zap — botaniste, écologiste et designer paysager — découvre, derrière sa nouvelle maison, une parcelle de nature sauvage. Il comprend rapidement qu’il s’agit de l’un des derniers fragments des Everglades subsistant dans le tissu urbain de Miami.
Déterminé à protéger cette flore tropicale et à sensibiliser la communauté, il parvient à convaincre le propriétaire du terrain de lui en accorder la location. L’endroit abrite un étang, des arbres fruitiers, une flore indigène des Everglades mêlée à des espèces exotiques. Ce biotope unique accueille également tortues, oiseaux, papillons, 26 espèces d’abeilles… et une quantité non négligeable de déchets, dont du béton issu de la destruction d’une ancienne route.
Un travail de terrain
Avec l’aide de bénévoles du quartier de Little Haïti, Zap entreprend le nettoyage et la revitalisation du site, qui devient alors le premier jardin botanique tropical de Miami.
« Nous ne retirons pas systématiquement les espèces non indigènes pour faire revenir ce qui existait à l’origine », explique-t-il. « Ces plantes jouent désormais des rôles jadis tenus par des espèces disparues. Même lorsque l’on croit planter des espèces natives, on mélange souvent des végétaux issus d’écosystèmes différents de Floride. Cela crée des combinaisons qui n’existeraient jamais naturellement. À mes yeux, nous sommes en train de créer un écosystème totalement nouveau. Et lorsque je conçois des aménagements paysagers pour mes clients ou pour de nouveaux développements, j’applique ce même modèle : offrir une esthétique recherchée tout en intégrant des solutions qui soutiennent les cycles de la vie ».
Une mission qui évolue
Au fil du temps, la mission de conservation du jardin s’est élargie pour devenir une école verte et un centre culturel communautaire. « Je veux impliquer des personnes de tous horizons. Par exemple, l’apiculture peut captiver les enfants — et ces enfants auront des idées que je n’aurai jamais eues, car ils grandiront avec cette expérience ».
Chez lui, Zap a installé un laboratoire de biotechnologie dédié aux orchidées, champignons et autres recherches. « La biotechnologie, c’est l’avenir. Mon objectif est d’attirer les esprits les plus brillants pour qu’ils puissent contribuer au projet, s’y investir et y révéler le meilleur d’eux-mêmes ».
Un autre enjeu fondamental pour lui est de faire du jardin un modèle d’infrastructure verte capable de gérer naturellement les eaux pluviales. Cela renforcerait la résilience urbaine et permettrait de prévenir les inondations.
Une menace soudaine
Mais à l’été 2024, coup de théâtre ! Le propriétaire du terrain annonce vouloir vendre les trois acres à des promoteurs immobiliers. C’est un choc. La menace est sérieuse et désemparante. Une lueur d’espoir survient à la fin de l’automne : les promoteurs peinent à obtenir un prêt, offrant à Casey Zap un répit inespéré.
S’engage alors une véritable course contre la montre afin de rassembler quatre millions de dollars pour acheter le terrain et sauver le jardin botanique tropical d’une transformation en immeubles de condominiums.
Casey obtient un prêt personnel de 300 000 $, ce qui lui permet de verser un acompte sur l’achat du terrain et de gagner un peu de temps. En juin dernier, grâce au soutien de donateurs privés et à un don majeur d’un million de dollars, la communauté se mobilise. Le jardin devient une organisation à but non lucratif, échappant — pour l’instant — aux investisseurs immobiliers.
La bataille n’est pas encore entièrement gagnée. Mais le rezonage repousse la conclusion de la transaction, et les gestionnaires respirent quand même un peu mieux. Zap, lui, poursuit sa mission et s’affaire à préparer un projet à la fois éducatif et lucratif pour les membres de la communauté. En leur fournissant pots, compost, terre et semis, les jeunes pourront planter puis cultiver chez eux une plante indigène pendant un an. À terme, Zap proposera de leur racheter cette plante au prix du marché.
Un avenir proche, mais ambitieux
Selon Casey Zap, tout repose sur l’éducation. Il estime que l’écologie peut devenir un moteur d’émancipation collective : « Il est possible d’autonomiser les communautés et de créer un nouvel écosystème environnemental sain, en proposant des approches attrayantes pour toutes les classes sociales ».
Il imagine par exemple un système d’adhésion pour les membres les plus aisés qui servirait au financement des ateliers pour enfants, des bourses ou des programmes éducatifs. Pour ceux qui ne se sentent pas concernés par les plantes ou les enfants, un réseau d’échange de métiers et de savoir-faire pourrait enrichir la vie communautaire.
Avec humilité, il reconnaît que ce combat n’est pas toujours facile. « Il est tentant de devenir pessimiste si on se laisse atteindre par les discordes et désastres qui nous entourent. Mais j’ose garder le cap et ma vision va loin. J’espère que d’ici les cinq prochaines années, nous aurons établi une voie juridique claire permettant à d’autres de reproduire ce modèle de jardin botanique urbain à leur façon, dans leur ville, leur quartier, leur municipalité. »
Sa conclusion ? « Quand on donne de son temps et de son savoir, on reçoit bien plus que ce que l’on offre. Et lorsqu’on plante un jardin… il y a de quoi être heureux pour la vie. Alors, vous voyez comme tout cela peut aller loin ! »








