C’est connu, les opossums sont essentiels à un écosystème : ils se nourrissent de tiques, de cafards, de rats, de limaces, de petits serpents venimeux (ils sont insensibles à leur venin) et autres animaux indésirables. Ils mangent aussi les carcasses d’animaux morts. Ils sont les nettoyeurs de la nature.
Jeremy Dixon, directeur du Crocodile Lake National Wildlife Refuge, Michael Cove du North Carolina Museum of Natural Sciences, et A.J. Sanjar, étudiant de la Southern Illinois University, viennent pourtant de leur découvrir un autre talent : ils peuvent servir à identifier où se trouvent les pythons birmans… en se faisant manger par eux.
À Key Largo, le python birman, une espèce invasive, se répand vite car il y trouve un environnement propice, fait de milliers de crevasses et de grottes, dans lesquelles il se réfugie. Cela rend sa capture impossible à réaliser lorsqu’il se reproduit ou se cache d’un chien pisteur.
Sanjar et Cove ont réalisé qu’en plaçant un collier-traqueur sur les opossums, le traqueur continuait d’émettre même lorsque le petit mammifère était mangé par un python birman.
Or, tout biologiste floridien le confirme, les pythons birmans sont extrêmement nocifs : ils peuvent atteindre près de six mètres de long, et sur leurs territoires, la population des mammifères diminue de 87 à 99 %.
Ces prédateurs ont été aperçus pour la première fois en 2007 sur Key Largo. Ils ont été importés dans les années 1970, 1980 et 1990 par le commerce d’animaux exotiques pour des particuliers, avant d’être relâchés ou de s’échapper dans la nature. L’espèce s’est épanouie dans les Everglades, et maintenant jusqu’à Fort Myers et le lac Okeechobee.
Point de cruauté animale
Loin de la controverse, la méthode développée par Sanjar et Cove respecte le cycle naturel de la nature : les opossums sont capturés dans des cages avec des appâts puis, placés dans un harnais similaire à celui d’un petit chien, ils sont équipés d’un simple collier. Enfin, les scientifiques les relâchent dans la nature exactement à l’endroit où ils ont été capturés, afin qu’ils reconnaissent leur territoire et puissent continuer à se nourrir. Certains sont mangés par des pythons en deux semaines, d’autres en plusieurs mois. La nature suit son cours naturel.
L’opossum, petit marsupial blanc, est plus facile à équiper qu’un raton-laveur revêche, car celui-ci aurait besoin d’être endormi par un vétérinaire, alors que l’opossum se laisse faire plus facilement tout en restant éveillé. Les opossums sont également plus nombreux et leurs territoires sont plus petits, loin des mangroves qu’ils n’apprécient pas, ce qui rend la chasse au python plus facile.
Une solution abordable
Les colliers-traqueurs étaient autrefois connectés par satellite et donc coûteux, jusqu’à 1 500 $. Mais les nouveaux colliers à 190 $, qui ne permettent pas de suivre à la trace la vie de l’opossum, s’activent seulement lorsque l’opossum ne bouge plus pendant six heures consécutives. Cela permet aux biologistes d’intervenir pour euthanasier les pythons en les localisant facilement.
La meilleure saison pour agir est l’été, lorsque les pythons s’engraissent. Au cours des deux derniers étés, les biologistes ont capturé 18 pythons avec cette méthode, tous entre 2,5 et 4 m de long, soit des adultes en âge de se reproduire, dont des femelles capables de pondre entre 30 et 60 œufs.
Ils espèrent maintenant que leur technique sera reconnue, en complément d’autres, par le South Florida Water Management District et utilisée dans les Everglades où les pythons sont en recrudescence.









