Appelé Contender, ce super-prédateur marin, le plus grand jamais enregistré avec ses 4,20 mètres de long et ses 770 kilos, est de retour en Floride. D’après Ocearch, une association de recherche marine à but non lucratif, qui le traque avec une balise placée sur sa nageoire dorsale, il a pris ses quartiers d’hiver entre Cape Canaveral et Port St. Lucie depuis le 1er janvier 2026.
Un grand migrateur
La balise SPOT (Smart Position or Temperature) a été installée en janvier dernier, alors qu’il était en villégiature hivernale au large, le long de la rupture du plateau continental entre Cape Canaveral et Vero Beach. Il y est resté jusqu’à la mi-mars 2025, mais c’est un grand voyageur, qui migre en fonction de la température de l’eau. En un an, il a effectué 8 500 kilomètres d’allers-retours tout le long de la côte Est américaine et jusqu’au Canada.
La balise ne permet de le capter que lorsqu’il remonte à la surface : il a été signalé le 17 juillet près de Cape Cod, dans le Massachusetts, puis, après deux mois de silence, il a été repéré très près du rivage dans le golfe du Saint-Laurent, entre le Québec et Terre-Neuve le 29 septembre 2025.
La zone se situe le long du littoral d’une réserve autochtone, à l’embouchure de la rivière Natashquan. La nourriture y est abondante, entre les phoques du Port et ceux du Groenland (harp seals), ainsi que des saumons atlantiques.
D’après Urgences Mammifères Marins, le réseau québécois qui regroupe les organismes et institutions qui interviennent auprès des mammifères marins, la population croissante de phoques protégés explique une recrudescence du nombre de cas de phoques attaqués et mangés par des requins ces dernières années, eux-mêmes également protégés. Il semblerait donc que la population des requins augmente au Canada.
Les grands requins blancs, ces autres snowbirds
C’est ce qu’explique Neil Hammerschlag, écologiste marin et président d’Atlantic Shark Expeditions en Nouvelle-Écosse. Cette terrifiante espèce de requins est pourtant la seule capable de faire monter sa température corporelle plus haut que celle de l’eau dans laquelle elle est.
Malgré tout, ils « migrent vers le sud parce que l’eau devient trop froide pour eux. Ils se comportent comme des snowbirds et descendent passer l’hiver au chaud. »
Les requins adaptent alors leur régime alimentaire en conséquence. Alors que les phoques moines, autrefois répandus sur les côtes de Floride, ont disparu, les requins se nourrissent probablement de bancs de maquereaux, de thons et de jacks (carangues), d’autres espèces de petits requins, de jeunes dauphins, ainsi que de proies qui se cachent en profondeur le jour, comme les calmars.
Un animal routinier
D’après les études d’Ocearch sur 48 grands requins blancs, c’est une espèce très routinière qui utilise les mêmes sites chaque année. La Nouvelle-Angleterre et le Canada sont des zones d’alimentation estivales. La Floride et le golfe du Mexique sont des zones d’hivernage.
Plusieurs grands blancs marqués par Ocearch cet automne près de la Nouvelle-Écosse se trouvent maintenant près des Carolines, mais au moins deux ont filé directement vers le golfe du Mexique, et l’un d’eux, Ripple, a atteint les eaux au large de La Nouvelle-Orléans. Il se dirige maintenant vers la Big Bend en Floride. Enfin, Breton, un mâle de 3,96 mètres de long et 635 kilos lorsqu’il fut équipé en 2020, pourrait déjà dépasser Contender. Il a été détecté pour la dernière fois au large de Jacksonville juste après Noël.
Les chercheurs d’Ocearch estiment que Contender est au début de la trentaine, entrant tout juste dans ses années reproductives.








