En février, des milliers d’étudiants de Floride ont fait l’école buissonnière pour se joindre aux manifestations anti-ICE, du comté de Palm Beach à Sarasota, en passant par Duval et le Panhandle. Des centaines d’étudiants, d’au moins quatre lycées du comté de Palm Beach ont quitté leurs classes simultanément à 13h le lundi 16 février. Des milliers d’étudiants de deux lycées de Pembroke Pines (Pembroke Pines Charter High School et West Broward High School) ont quitté leurs salles de classe le vendredi 13 février.
Le commissaire Anastasios Kamoutsas, du Florida Department of Education, avait confirmé que la liberté d’expression des étudiants ne s’arrête pas aux portes de l’école, comme l’avait par ailleurs clarifié un arrêt de la Cour suprême américaine (Tinker v. Des Moines). En revanche, la jurisprudence indique que cette liberté ne doit pas interférer avec l’instruction et les opérations de l’école.
Kamoutsas avait aussi prévenu : « Nous ne tolérerons pas que des éducateurs encouragent des manifestations scolaires ou imposent leurs opinions politiques aux élèves, surtout lorsqu’elles dénigrent les forces de l’ordre. Sous la direction du gouverneur Ron DeSantis, le système éducatif de la Floride est axé sur la réussite des élèves, non sur l’idéologie. »
Le plus grand syndicat du corps enseignant de Floride, la Florida Education Association (FEA), a fait un communiqué précisant qu’il ne soutenait pas, ni ne condamnait, les manifestations des étudiants.
Tensions autour de la politisation des campus scolaires et universitaires
Un nouveau projet de loi a été déposé par la sénatrice républicaine Gayle Harrell (Stuart) et la représentante républicaine Peggy Gossett-Seidman (Highland Beach), afin d’imposer de nouvelles exigences aux étudiants et aux membres de la communauté qui participent à des activités politiques sur le campus, afin de les restreindre.
Pourtant, d’après Katie Rainwater, professeure en sociologie à la FIU (Florida International University) et Robert Cassanello, professeur d’histoire, la politique est déjà bien présente sur les campus floridiens par d’autres biais. À la FSU (Florida State University), un Institut pour la Gouvernance et l’Éducation civique a été mis en place par les législateurs, avec pour objectif officiel de devenir l’un des principaux instituts de politiques publiques du pays.
En pratique, d’après les deux professeurs, il sert de véhicule aux priorités législatives des élus républicains. Il promeut la Conscience Liberty, concept venant de l’association chrétienne conservatrice Alliance Defending Freedom et de l’Heritage Foundation. Il véhicule aussi l’Educational Liberty, inspiré par la Phoenix Declaration, un texte issu de l’Heritage Foundation prônant le patriotisme et la responsabilité et l’autorité des parents dans l’éducation.
En Floride du Sud, selon Rainwater et Cassanello, l’Institute for Freedom in the Americas (IFA) a vu le jour sur le campus du Miami-Dade College; de même pour l’Adam Smith Center for Economic Freedom, à la Florida International University. L’ancien président de la Chambre, Paul Renner, a expliqué que l’IFA voulait développer une génération de jeunes leaders venant du centre-droit. Quant au Adam Smith Center, il organise les Carvalho Dialogues, un événement annuel conçu par l’Heritage Foundation pour créer un équivalent de droite au Forum de São Paulo, un rassemblement de partis et d’organisations politiques latino‑américains de gauche.
Il faut souligner qu’il existe des centres universitaires attachés à des valeurs progressistes (justice sociale, droits civiques, inégalités, environnement, immigration) traditionnellement associées à la gauche sur les campus floridiens. Cependant, il n’existe plus aucun Institut Confucius (instituts anciennement financés par la Chine) en Floride depuis 2019.
Pour rappel, la Heritage Foundation est un think tank conservateur qui est à l’origine du Project 2025.









