La Floride aura besoin de la science afin de faire face aux nombreux défis qui l’attendent. Pourtant, le nouveau programme de l’enseignement des sciences dans les écoles primaires et secondaires publiques, proposé fin septembre 2026 par le département de l’éducation de Floride, se distingue par une quasi-disparition de deux piliers de la science contemporaine : la théorie de l’évolution et les changements climatiques.
La théorie de l’évolution est le cadre explicatif central de la biologie moderne. Elle permet de comprendre la diversité des espèces, l’adaptation des organismes, ainsi que plusieurs phénomènes déterminants en médecine tels que la résistance aux antibiotiques. Son quasi-effacement des objectifs d’apprentissage risque d’affecter la compréhension des sciences du vivant et de compromettre la cohérence intellectuelle des jeunes qui nous gouverneront demain.
La marginalisation de la notion de changement climatique soulève des préoccupations comparables. Dans un État particulièrement exposé aux inondations côtières et aux ouragans, la compréhension des mécanismes climatiques représente une nécessité scientifique. L’absence de références aux changements climatiques dans les nouvelles normes de l’enseignement des sciences pose une interrogation
sur la capacité des générations futures à faire face aux transformations naturelles auxquelles elles seront confrontées.
Le géologue Bred Dupke, professeur des sciences de la terre, se demande comment il pourrait enseigner l’unité sur les fossiles sans enseigner la théorie de l’évolution et les changements climatiques.
Cette orientation marquerait un recul significatif avec le programme précédent. La révision actuelle soulève des interrogations importantes sur la mission éducative de l’école versus l’endoctrinement idéologique. Un gouvernement peut-il déterminer ce
qui est vrai ou faux scientifiquement selon l’idéologie partisane des élus ?
Le commissaire à l’éducation, Henry Mack, dit vouloir soustraire l’enseignement scientifique aux influences idéologiques. Pourtant, la théorie de l’évolution biologique et les changements climatiques reposent sur des observations objectives et non sur des influences idéologiques ou religieuses. Par contre, ce que propose le nouveau programme est une disparition progressive de certaines connaissances scientifiques fondamentales au profit d’une idéologie.
Un État peut-il simultanément vouloir attirer des entreprises de haute technologie, des entreprises biomédicales, former des ingénieurs, faire face aux défis de l’avenir et réduire la visibilité des concepts fondamentaux de la science ?
Depuis quelques années, les restrictions de livres dans les bibliothèques (2 304 cas recensés par PEN America pour l’année scolaire 2024-2025), les interdictions de discuter de certains sujets (racial, sexuel) en classe et la succession de restrictions imposées aux universités, montrent une censure et une répression grandissante de la liberté académique et de l’accès au savoir.
L’éducation transforme durablement la culture et a des conséquences sociales à long terme. C’est l’un des instruments les plus puissants dont dispose le pouvoir politique pour faire avancer ou, au contraire, faire régresser rapidement une population de plusieurs décennies.
Le programme n’est pas encore adopté. Il est soumis à la consultation et le contenu pourrait être modifié avant son dépôt final. De nombreux parents le désapprouvent.
La controverse floridienne dépasse largement le sort de deux notions scientifiques.
Elle interroge la capacité d’une démocratie à préserver les conditions intellectuelles nécessaires à son propre fonctionnement.









