Le 4 mai dernier, le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis, a promulgué une nouvelle carte électorale de l’État pour la Chambre des représentants des États-Unis, qui favoriserait le Parti républicain.
Le 15 mai, le juge Joshua Hawkes, de Tallahassee, la capitale de la Floride, a entendu les arguments concernant la nouvelle carte électorale visant à déterminer s’il devait la bloquer. La décision est en attente.
Méthode inhabituelle
Traditionnellement, le redécoupage électoral peut se faire à la suite du recensement, tous les dix ans. Mais DeSantis a plaidé en faveur d’un redécoupage électoral en milieu de décennie en Floride. Il argue que la carte de l’État était inéquitable en raison de la croissance démographique massive et des changements démographiques survenus depuis le recensement de 2020, se traduisant par des circonscriptions disproportionnées et de taille inégale. Il soutient aussi que les anciennes circonscriptions électorales fondées sur des considérations raciales étaient probablement inconstitutionnelles. De leur côté, les groupes de défense des droits affirment que la nouvelle carte viole les protections constitutionnelles de l’État contre le charcutage électoral partisan visant à cibler les démocrates et à démanteler les sièges accessibles aux minorités.
De plus, historiquement, c’est la législature qui dirige l’élaboration de la carte dans le cadre d’un processus ouvert. Mais le bureau de DeSantis l’a élaborée à huis clos et l’a envoyée à Fox News avant de la transmettre aux législateurs. Ces derniers l’ont ensuite approuvée avant que le gouverneur la signe le 4 mai.
Impact
Sur les 28 sièges représentant la Floride à la Chambre des États-Unis, seulement huit d’entre eux sont occupés par des démocrates. Selon les experts, avec le redécoupage de la carte électorale par DeSantis, quatre de ces huit sièges occupés par les démocrates auraient la chance d’être renversés par les républicains.
Circonscriptions les plus affectées
Les circonscriptions du Sud de la Floride comptent parmi les plus affectées avec celles des secteurs d’Orlando et de Tampa.
À titre d’exemple, la nouvelle carte électorale élimine une circonscription à forte population noire du Sud de l’État, auparavant représentée par Sheila Cherfilus-McCormick avant sa démission liée à une enquête éthique. Ce district, conçu pour respecter la loi sur les droits de vote récemment affaiblie par la Cour suprême, est qualifié par DeSantis de « gerrymandering fondé sur la race ». Il sera désormais démantelé et réparti entre plusieurs circonscriptions.
Les districts de Lois Frankel et Jared Moskowitz, dans les comtés de Palm Beach et Broward, illustrent aussi un remaniement profond : une nouvelle circonscription plus démocrate émerge à West Palm Beach, tandis que le territoire de Moskowitz est éclaté en trois, réduisant ses chances de réélection. Parkland, où il réside, se trouve désormais dans un district plus républicain.
Au sud, c’est Debbie Wasserman-Schultz qui perd sa circonscription tandis que Frederica Wilson conserve un district démocrate redessiné à Miami-Dade. Wasserman-Schultz dénonce une « manœuvre ouvertement partisane ».
Alors que le jugement du juge Hawkes sur le redécoupage électoral se fait attendre, WUSF rapporte que sa décision sera presque certainement portée en appel devant la Cour suprême de Floride, quel qu’en soit le verdict. Reste à voir si le temps ne viendra pas à manquer avant les élections de mi‑mandat.
