Il y a trente ans, 225 millions de caisses d’oranges étaient récoltées en Floride. Cette année, le U.S. Agriculture Department prévoit une production de seulement 12 millions de caisses, soit une baisse de 95 % en une seule génération.
Pourtant, la Floride a connu un âge d’or des oranges entre les années 1950 et le début des années 2000. Les producteurs vendaient des chargements entiers à Tropicana, Minute Maid et Florida’s Natural, la demande en jus d’orange de Floride venant de tous les foyers américains étant très forte. Depuis, la qualité nutritive des jus a été questionnée, et les habitudes alimentaires ont changé. C’est l’un des facteurs du déclin, mais c’est plutôt la nature elle-même qui a accéléré la chute de la culture des oranges.
Tout d’abord, le climat : les vagues de froid successives du début d’année ont attaqué les plus petits arbres et ceux déjà affaiblis. La Commission floridienne de l’agriculture estime les pertes à près de 700 millions de dollars.
Ensuite, les parasites et les maladies : depuis une trentaine d’années, la maladie du verdissement des agrumes est causée par une bactérie transportée par un petit insecte, le psylle asiatique des agrumes.
Pour lutter contre les infections bactériennes, il est possible d’inciser le tronc des arbres et d’injecter chaque année de l’Oxytetracycline, un antibiotique qui ralentit la bactérie. Cela permet de réduire le taux d’oranges vertes ou trop petites à environ 20 % de la production totale, d’après l’agriculteur Steve Crump, de la ferme Vo-LaSalle Farms dans le comté de Volusia, interrogé par Tom Hudson pour WLRN. Cela représente une nette amélioration.
Autre solution : afin de limiter les déplacements des psylles asiatiques d’un arbre à l’autre, ceux-ci peuvent être séparés par de très fins voilages aux petits trous à peine visibles à l’œil nu, l’insecte étant minuscule.
Il est aussi possible de cultiver les oranges en serre bardée de moustiquaires, ce qui permet d’éviter toute introduction de psylles dans les arbres, mais bien sûr construire une telle serre est très coûteux.
Par ailleurs, elles ne peuvent pas résister aux intempéries : l’ouragan Ian en 2022 et l’ouragan Milton en 2024 ont déchiré les moustiquaires du cultivateur Crump, et cela prend plusieurs semaines pour les réparer, permettant alors aux psylles de pénétrer dans la serre.
La maladie met 14 mois à se développer dans un arbre : ce temps long exige de rester vigilant et d’exclure tout arbre montrant les premiers signes d’infection immédiatement. Et malgré les efforts intenses des chercheurs depuis 15 ans, une nouvelle variété d’orangers résistants aux psylles n’a toujours pas été créée.
L’industrie des agrumes génère sept milliards de dollars annuels et 30 000 emplois en Floride. C’est moins de la moitié des emplois à plein temps il y a vingt ans. Les agriculteurs comme Crump sont vieillissants et il craint que la chute de ce secteur limite l’intérêt des jeunes. Pourtant, il faudrait déjà former une nouvelle génération avant que le savoir ne se perde.
Désormais, dans la ferme de Crump, dans un effort de diversification, les orangers disparus font place à de nouvelles cultures, comme les pois mange-tout, les carottes et les épinards. De vieux bus scolaires, autrefois transformés en camions de récolte permettant de transporter de nombreuses caisses de 400 kilos d’oranges et de pamplemousses, sont laissés à l’abandon depuis cinq ans, témoins rouillants de la grande époque de la culture des agrumes en Floride.








